Dimanche 22 avril 2007
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19:30

Je vous ai parlé sur ce blog des romans
Tsubaki et
Hamaguri de Aki Shimazaki, qui ouvrent la pentalogie
Le Poids des
Secrets, et que j'avais beaucoup appréciés. J'ai lu les volets suivants,
Tsubame, Wasurenagusa et
Hotaru avec le même plaisir. Et je peux maintenant certifier que ce cycle romanesque mérite bien son nom! Les secrets de famille et les révélations sur la
filiation des personnages y foisonnent autant que dans les sagas qui envahissent nos écrans TV chaque été. Sauf qu'ici, tout est en simplicité, émotion et habileté narrative. Chaque volet possède
un narrateur différent et ainsi se dessinent, à petites touches, les histoires liées des familles Takahashi et Horibe.
Tsubame peut être considéré, par sa place au coeur de la pentalogie, comme son volet-clé. On y remonte le plus loin dans le temps, jusqu'en 1923 et au
Kantô-Daishinsai, le tremblement de terre qui fit 140 000 morts dans la région de Tôkyô. La narratrice en est Mariko et elle nous y dévoile le secret de ses origines, qui est peut-être le
plus lourd, le plus douloureux de tous car elle ne pourra jamais l'avouer à son fils Yukio et à sa famille. Il coincide avec une zone particulièrement sombre et occultée de l'Histoire japonaise, le
massacre de milliers d'immigrants coréens par des Japonais, profitant de la confusion suivant le séisme.
Tsubame est également le volet central puisque c'est
celui de Mariko, personnage principal de la pentalogie et détentrice de tant de secrets. C'est par elle que se rejoignent les histoires des deux familles. Et de ce cycle consacré à la filiation,
elle est la figure maternelle la plus belle et émouvante, presque emblématique. Son nom n'est-il pas la japonisation de "Marie" ? Elle a reçu ce nom d'un prêtre étranger qui l'a recueillie dans son
orphelinat, à la disparition de sa mère lors du séisme. Tsubame, l'hirondelle, c'est l'oiseau symbolisant l'ailleurs, qui faisait rêver Mariko enfant et c'est aussi le surnom de ce prêtre si
aimant.
Wasurenagusa, c'est le point de vue de Kenji Takahashi, qui épouse Mariko et adopte Yukio. Pour cela, il n'hésite pas à rompre avec sa famille bourgeoise et
traditionnaliste qui rejette la jeune femme, car elle est orpheline et mère célibataire. Celui qui n'était qu'un personnage de mari trompé,souvent absent , dans les volets précédents prend toute
son épaisseur. On découvre un homme attachant, profondément humain, qui possède lui aussi son lot de secrets... Ce volet d'une tonalité plus intimiste porte le nom japonais du myosotis, la fleur
préférée de Kenji. Elle évoque son attachement à sa nourrice, Sono, qui s'est substituée un moment à sa mère. Un personnage sur lequel on aimerait vraiment en savoir plus...L'épure de ces romans
peut engendrer une certaine frustration...
La narratrice de
Hotaru est Tsubaki, la fille de Yukio, qui s'occupe de sa grand-mère Mariko, dont la santé décline de jour en jour. Ce dernier volet raconte
"
l'histoire d'une luciole tombée dans l'eau sucrée", ou comment les jeunes femmes peuvent se faire abuser par des hommes sans scrupules. Il met en parallèle l'expérience de Mariko avec
M.Horibe (le père naturel de Yukio) et celle de Tsubaki l'étudiante avec un de ses profs. Il apporte aussi des détails essentiels sur le drame qui s'est joué dans la demeure partagée par les
Takahashi et les Horibe à Nagasaki, au matin du 9 août 1945, juste avant qu'elle ne soit anéantie par la bombe atomique. Ce n'est qu'en refermant
Hotaru,
achevant ainsi la pentalogie, qu'on se rend compte à quel point l'Histoire a infléchi les destinées des deux familles, dont les secrets ont été enfouis sous les décombres du
Kantô-Daishinsai, puis de la bombe.
On mesure également l'importance des noms donnés à chaque roman, qui symbolisent un ou plusieurs personnages. Nous retrouvons de volet en volet le camélia, les coquilles jumelles, l'hirondelle, le
myosotis, les lucioles, comme les cartes d'un tarot poétique, les pièces capitales de ce puzzle... Elles permettent d'établir des correspondances entre les cinq volets, de renforcer la cohésion de
ce récit choral, mais surtout de souligner les liens existant entre les différents narrateurs, les membres de familles que le "poids des secrets" a finalement rapproché, au lieu de diviser.
Tsubame, 2001, Wasurenagusa, 2003, Hotaru, 2004, Aki Shimazaki, Leméac/Actes Sud.
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